Quand le travail s’invite à la maison

Español · English · Português · Français · Deutsch · Italiano · 中文

Il fut un temps où le bureau restait au bureau. On fermait la porte, on éteignait la lumière et, avec plus ou moins de succès, on rentrait chez soi pour être autre chose : conjoint, père ou mère, ami. Pour beaucoup de ceux qui occupent aujourd’hui des postes à responsabilité, cette frontière s’est effacée. Le travail ne reste plus au travail : il rentre à la maison dans le corps, dans l’humeur, dans la tête restée en réunion tandis que le corps est à table.

Rentrer chez soi sans arriver tout entier

On peut être chez soi et ne pas y être. Le téléphone que l’on ne lâche pas, le souci qui ne s’éteint pas, la conversation familiale suivie à moitié parce qu’une part est restée prise dans un problème de la journée. La famille reçoit alors la version fatiguée, distraite, ce qui reste après que le travail a pris le meilleur. Et cette présence à moitié, avec le temps, se remarque et fait mal.

La tension qui s’infiltre

L’instabilité d’en haut ne reste pas en haut. Une période de conflit, d’incertitude ou de surcharge au travail s’infiltre dans la maison par de petites fentes : la patience qui raccourcit, l’irritabilité avec le conjoint, la réaction démesurée face à un détail des enfants. Bien des disputes domestiques ne portent pas, au fond, sur ce qu’elles semblent ; elles sont la tension du jour cherchant par où sortir. Le coût du travail finit par présenter une facture affective.

Quand la fonction dévore tout

Derrière cela se cache d’ordinaire quelque chose de plus silencieux : le rôle professionnel qui colonise peu à peu la personne entière. On dirige si bien et depuis si longtemps que, sans s’en rendre compte, on se met à diriger aussi à la maison —à résoudre, à évaluer, à contrôler— alors que ce qu’il y faut est autre chose : être là, écouter, se détendre. Il est difficile d’ôter l’habit du commandement ; parfois, on ne sait plus qui l’on est quand on n’est pas à la tête de quelque chose.

Retrouver un lieu à soi

Le travail thérapeutique ne vient dire à personne de travailler moins ni régler la vie familiale ; il y a d’autres espaces pour cela. Il vient regarder quelque chose de plus personnel : ce que l’on porte, pourquoi il est si difficile de le déposer, ce qui devrait se passer pour pouvoir rentrer chez soi et, vraiment, arriver. C’est un lieu où déposer l’investiture de la fonction pour qu’elle ne finisse pas par tout envahir. Ce n’est ni rapide ni affaire de formule —il serait malhonnête d’en offrir une—, mais cela permet de retrouver peu à peu une frontière qui s’était perdue.

Que le travail s’invite à la maison n’est ni un défaut de caractère ni un manque d’amour pour les siens ; c’est ce qui arrive quand un rôle exigeant ne trouve nulle part où se reposer. Pouvoir y penser —et lui poser une limite— n’enlève rien au professionnel. Cela lui rend, au contraire, quelque chose qui s’était dilué sans bruit : la possibilité d’habiter sa propre maison en tant que personne, et non comme un prolongement du bureau.


Un essai de Carlos Hernán Arango Botero, psychologue. Si ces lignes ont résonné en vous et que vous occupez une place de décision ou de haute performance, vous pouvez découvrir l’accompagnement et faire le premier pas lors d’un entretien initial.

Deja un comentario